LES INTERACTIONS MAITRE – ELEVES. QUELS EFFETS SUR LES APPRENTISSAGES EN EPS ?

I.Généralités

1.La notion d’interactions

C’est la relation interpersonnelle entre au moins 2 individus, relation par laquelle les comportements de ces individus sont soumis à une influence réciproque, chaque individu modifiant son comportement en fonction des réactions de l’autre. Situer l’impact de la relation pédagogique sur l’apprentissage des élèves. Pour Hébrard (1986), la relation pédagogique prend en compte 2 aspects, la relation entre le maître et l’élève dans sa dimension psychologique affective et le phénomène de régulation, l’adaptation, l’individualisation.

Piaton (1985), la psychologie pédagogique des APS. Dans toute relation, il y a 5 éléments qui interviennent : L’enseignement – L’élève – Savoir – Système ou institution scolaire – La Société.

Il caractérise la relation pédagogique par : L’inéluctabilité, il n’y a pas d’acte pédagogique sans établissement de relation. – La réciprocité, interactions maître-élèves. – La modification, les 2 intervenants vont être plus ou moins modifié. – La représentation, chaque sujet intervenant dans la relation a une idée de l’autre sujet et sa représentation va jouer sur la mise en place de la relation. – L’inégalité, les 2 sujets qui interviennent n’ont pas le même niveau de départ. – L’historicité, la relation s’inscrit dans une durée. – La spatialité, la relation habite l’espace. La relation pédagogique de Piaton renvoie à la notion plus générale d’éducation. L’éducation est l’action qui vise à développer les potentialités d’un individu. Ces potentialités étants valorisées par le groupe social auquel il participe. Le professeur a 2 rôles précis :  Enseigner, rapport du professeur avec le savoir – Animer, rapport du professeur avec les élèves. L’élève a un rôle qui est d’apprendre, rapport entre l’élève et le savoir. Tout cela nous donne le triangle pédagogique :

Enseignant -Elève -Savoir

2.La notion d’apprentissage sociale

L’apprentissage est la modification de la capacité d’un individu à réaliser une tâche sous l’effet des interactions avec l’environnement. L’apprentissage social fait référence aux acquisitions de savoir et de savoir-faire résultant de l’observation directe ou indirecte du comportement d’autrui. L’apprentissage social a 2 aspects : L’apprentissage par l’observation – L’apprentissage par l’imitation.

Théorie développée par Bandura en 1971, l’efficacité personnelle est le fait de croire qu’on a la capacité de réussir une tâche ce qui a comme avantage d’accroître sa volonté et d’augmenter sa performance. L’expérience répétée de la réussite est le meilleur moyen de développer cette efficacité personnelle.

3.La prise en compte du développement social de l’enfant

Vygotsky (1896-1934). Pour lui le développement de l’enfant se fait par rapport à l’histoire sociale et il y a un encrage culturel des individus même à leur plus jeune âge. " Le langage et la mémoire etc sont accessible à l’enfant que dans le cadre de la communication avec l’adulte et de la collaboration avec ses camarades ". L’idée est qu’il y a une origine sociale de la pensée. En outre, une des principales idées de Vygotsky est que chaques fonctions plus supérieures apparaissent 2 fois au cours du développement de l’enfant.

Tout d’abord dans une activité collective avec l’enfant soutenu par quelqu’un de plus âgés comme un enfant plus vieux ou un adulte.

Ensuite, dans une activité individuelle et cela est intériorisé dans la pensée de l’enfant. Ce que l’enfant fait aujourd’hui avec un adulte, il le fera seul demain. On peut distinguer le développement actuel de l’enfant et ses capacités potentielles de développement (ce qui peut se faire avec l’aide d’adulte) et entre les 2, il y a une zone proximale de développement (ZPD). La zone proximale de développement correspond à la période où l’enfant est incapable de résoudre seul un problème mais où il s’en montre tout à fait capable lorsqu’il est guidé par un adulte ou quand il travail en collaboration avec un élève plus avancé que lui dans le domaine concerné. L’idée est de stimuler l’évolution. Le développement peut être envisagé indépendamment des situations éducatrices car il en découle. Dans l’interaction de tutelle, l’enfant est mis dans un contexte d’apprentissage avec un adulte ou un sujet plus avancé. Cela permet à l’enfant de développer les solutions qui ne sont pas toujours adaptées. Il va se remettre en question et engendrer un conflit cognitif ou un conflit socio cognitif. Le conflit socio cognitif apparaît lorsque l’enfant se rend compte de son erreur et qu’il va donc chercher d’autres solutions.

4.La vision culturelle de l’éducation chez Bruner

Bruner (1983). " Il est impossible de concevoir le développement humain comme autre chose qu’un processus d’assistance de collaboration entre enfant et adulte, l’adulte agissant comme médiateur de la culture ". L’esprit se constitue au travers de la culture. A partir de là, il va appeler sa théorie la psychologie culturelle. On ne peut pas comprendre l’homme sans tenir compte de la culture dans laquelle il est insérée. Il y a 4 grandes formes de pédagogie :

-apprentissage par imitation, l’enfant apprend en regardant agir un adulte ou un autre enfant plus expérimenté. Le processus d’imitation n’est pas passif mais actif car il y a une intention de mise en conformité de l’activité de l’enfant avec celle du modèle.

-apprentissage d’un savoir formel, c’est quand les savoirs sont présents dans des livres ou dans ce qui est dit par le professeur. L’idée est qu’il y a une simple transmission de savoir qu’il faut apprendre, savoir, mémoriser et appliquer.

-L’élève est considéré comme un sujet pensant, on va essayer de savoir ce qui se passe dans la tête de l’enfant et on essaie d’en tenir compte puisque l’idée est que l’esprit de l’enfant se construit une représentation du monde qui l’entoure. -

L’élève est vu comme un être capable de savoir. Dans cette conception, le but du professeur est d’aider l’enfant à faire la différence entre un savoir personnelle et un savoir au niveau de sa culture d’appartenance.

II.Les interactions maître-élèves

Il s’agit des processus interindividuels.

1.La notion d’attente chez les élèves

Expérience de Jamieson (1987). La croyance de la compétence ou de l’incompétence du professeur d’anglais avec 2 groupes d’élèves : Idée que le professeur est très compétent (groupe 1 qui est expérimental) – Rien du tout. Au départ les groupes 1 et 2 sont homogènes, ils ont le même niveau en anglais. Après un mois de remplacement, on a une seconde évaluation de niveau où l’on constate que le groupe 1 a un niveau supérieur au groupe 2. Puisque le 1ier groupe obtient de meilleurs résultats et que ces enfants sont dit plus attentifs, plus demandeurs d’apprentissage et qu’ils fournissent plus de travail, on peut dire qu’il y a eu des attentes de la part des élèves et l’efficacité de l’apprentissage varie en fonction des représentations des élèves sur le professeur.

2.La notion d’attente chez les professeurs

a.Effet de la beauté des élèves sur la notation

Dans une expérience, on propose à des enseignants d’évaluer des dissertations et on accroche à chaques copies la photo de l’élève qui l’a écrite. Frodi et Berkowitz

L’idée est de ne pas noter les copies mais de sanctionner les erreurs. Il y a bien une attente de la part des professeurs et cette attente est liée aux représentations culturelles et sociales elles-mêmes liées à un canon de beauté. Etre beau veut dire être bon et compétent (ce qui est fait).

b.Effet Pygmalion

Rosenthal et Jacobson (1971). Expérience avec des instituteurs a qui ont donne des noms avec le niveau de QI des enfants et on leur demande de leur faire passer un test psychologique. On leur dit que si le QI est élevé, l’élève est à la veille d’un progrès rapide. On constate 8 mois plus tard une réelle amélioration de ceux qui avaient un QI élevé.

L’influence des croyances et l’attente de l’enseignant sur les élèves sont très importantes.

Cet effet Pygmalion correspond à une performance élevée d’un élève, performance obtenue dans des conditions objectives telle que rien ne permettait matériellement de le prédire. Quand un professeur perçoit ou croit qu’un élève est compétent et quand il attend de lui des résultats satisfaisant, on voit statistiquement que cet élève a tendance à obtenir de bons résultats.

L’inverse existe également. Il y a 3 explications à l’effet Pygmalion :

-Le professeur communique plus avec cet élève là et il est plus attentif, plus chaleureux aussi bien au niveau verbal que physique.

-L’enseignant donne des exercices plus compliqués tout en leur laissant plus de temps.

-Le professeur leur donne de feed-back positifs c’est à dire qu’il donne un intérêt à ce que l’élève dit.

Le professeur manifeste plus d’intérêt aux élèves qu’il croit être doué. Durand et Riff (1991), dans le domaine précis de l’EPS, ces auteurs observent que les professeurs d’EPS parlent plus aux élèves qu’il juge travailleurs et opiniâtre. Il les stimule d’avantage et leur donne plus de feed-back positifs. Martinek (1980) a également fait une étude sur les professeurs d’EPS. Les attentes des enseignants expliquent seulement 16% du niveau de performance réalisée par les élèves. Il ne faut pas croire que l’effet Pygmalion est miraculeux, il n’est bien sûr pas suffisant mais il joue tout de même un rôle. Ces effets ne sont pas toujours menés consciemment par les professeurs et ces effets marchent plus sur certains élèves que sur d’autres. Si les enfants attribuent leurs résultats à leurs efforts (enfants internes), l’effet Pygmalion n’a pas trop d’effet. Si les enfants font très attention à ce que le professeur pense de lui (enfants externes), l’effet Pygmalion a de l’effet sur lui.

c.Le rôle de la comparaison sociale dans la classe

Monteil (1988), l’objet est de montrer que certains facteurs sociaux ont une influence majeure sur les comportements d’un sujet qui réalise une tâche intellectuelle. On va essayer de mesurer l’impact de comparaison sociale sur des apprentissages scolaires. Expérience : Lors d’un cours de biologie avec des élèves de 13 ou 14 ans que l’on sépare en 2 groupes, les bons et les moins bons en biologie. Cf la figure 1 page 24. Quand les élèves ne sont pas comparés les uns aux autres, les résultats obtenus sont fidèles au niveau de base de l’élève. Mais quand, on commence à les comparer, les mauvais vont régresser alors que les bons vont s’améliorer. L’expérience montre l’impact de la comparaison sociale sur les enfants dans une classe. On peut donc penser qu’il serait plus opportun de travailler en groupe de niveau car la comparaison sera moins forte et moins présente.

d.L’effet de source et les théories implicites de personnalité

Noizet et Caverni (1979), l’expérience consiste à comparer les notes données par 30 jurys pour des copies de bac de français et de philosophie. Le français et la philosophie sont des matières subjectives. Pour des copies identiques, il peut y avoir des différences de notations de 10 points. Cela s’explique par 2 facteurs : Les connaissances des notes antérieures. – La connaissance du statut socio économique de l’élève. La seconde expérience concerne les connaissances des notes antérieures. On va faire noter la même copie 2 fois par le même enseignant avec un intervalle de temps certain et un bulletin avec les notes précédentes. On observe que l’examinateur va tenir compte de ces notes pour noter la nouvelle copie.

Note 1 à 10 à Note 2 à 9,86

à 15 à Note 2 à 11,86

L’idée est que les professeurs tiennent compte de ce qu’ils savent de l’élève et tiennent compte de la représentation qu’ils en ont. Pour les professeurs les performances scolaires sont considérées comme stables. D’autres part, il est établit que les enseignants prennent en compte ce qu’ils savent de l’élève à tous les niveaux. Il y a tout un amalgame de faits par l’enseignant de façon inconsciente. Il faut essayer de rester objectif, relativiser et surtout les TIP (Théories implicites de personnalité), concept de Bruner et de Tagiuri (1956). Les TIP sont des croyances générales à propos de la fréquence d’un trait, de sa variabilité, sa liaison avec d’autres traits. Ce sont des croyances qui par ailleurs n’ont aucune critique objective de validité. Leyens (1983). En terme d’évaluation, l’idée est que l’on va être amené du fait de ces types a attribuer à des élèves des qualités qu’ils n’ont pas forcement et inversement pour les autres.

e.Influence du sexe dans les interactions maître-élèves

Cartron et Winnykamen (1995). Le but est de faire des observations très précises des réactions des élèves aux sollicitations du professeur en fonction du sexe de chacun. Il constate que les garçons participent d’avantages aux interactions avec le maître que les filles surtout quand cela vient de l’enseignant (effet Pygmalion). En mathématiques et en sciences, il a été montré que les enseignants posent plus de questions aux garçons qui prennent plus d’initiatives dans les échanges que les filles. Les garçons recevront plus de feed-back positifs.

f.Le rôle des attentes en EPS

Tout ce qui concerne les attentes du professeur sont très présentes en EPS, on en revient donc à la notion de beauté et d’apparence corporelle qui est très présente dans notre société. Bruchon et Schweitzer (1990), La psychologie du corps. Il observe très concrètement que ce sont les enfants les plus beaux qui vont obtenir les meilleures notes en EPS. On peut être amené à croire que la beauté est un gage de talent. Il faut nuancer ces résultats : Les enseignants sont moins influencés par les représentations liées aux aspects morphologiques alors que les enseignants se montreraient plus sensibles à ces aspects. – Il existe des différences d’évaluation relative à l’origine sociale de l’enseignement c’est à dire que plus l’enseignant est issu d’un milieu favorable et plus il accordera de poids à la beauté des élèves. – Dès lors que l’on donne aux enseignants des informations complètes sur l’élève les différences d’évaluation entre beaux et moins beaux se réduisent.