LA PERCEPTION SOCIALE

La perception sociale est la représentation que l’on se fait des gens et de leur environnement social et jugement que l’on porte sur eux.

I.La formation d’impressions sur autrui

1.Les distorsions dans la perception d’autrui : l’effet de Halo

Brunswick a fait des recherches dans le but de mettre en évidence le type d’indice du visage que nous utilisons pour nous faire une impression d’une personne.

Dans une première étude, il présente à des sujets des dessins très schématisés qui représentent des visages. Ces dessins varient de façon systématique par rapport à plusieurs caractéristiques morphologiques tel que la longueur du nez, l’écartement des yeux, la hauteur du nez.

Résultats : On observe que face au dessin d’un visage donné, les sujets se forment une impression identique et donc on peut en déduire que cette impression est déterminée par l’agencement des différentes caractéristiques manipulées.

Dans une seconde étude, il a travaillé directement sur les photos et pour cela, il choisit une population assez homogène et uniforme sur le plan physique puisqu’il choisit une série de photos de soldats. Pour chaque photo, les sujets vont devoir attribuer 2 notes, l’une sur une échelle d’intelligence et l’autre sur une échelle d’amabilité. Par ailleurs, on dispose de 2 notes objectives : les notes des soldats à un test d’intelligence et des notes qui correspondent à l’évaluation socio métrique des soldats par des amis qui les connaissances bien.

Conclusion : On observe une forte corrélation entre les attributions d’intelligence et les attributions d’amabilité. Il y a une surestimation des corrélations entre certains traits. Cette surestimation va alors produire une distorsion dans la perception d’autrui c’est l’effet Halo. L’effet Halo est la tendance d’une personne à qui on demande d’évaluer une caractéristique donnée chez une autre personne, à être affectée par l’opinion qu’elle a sur les autres caractéristiques de la personne évaluée ou à être affectée par l’impression générale que lui laisse cette personne.

2.Asch et le modèle de totalité

En 1946, c’est Asch qui a impulsé les recherches sur la formation des impressions. Selon lui, notre impression d’autrui est une impression globale, très unifiée et pour démontrer son hypothèse, il a fait une expérience où il donne aux sujets de 2 groupes expérimentaux une liste d’adjectif supposé décrire une personne. Pour le premier groupe, on donne : intelligent, ingénieux, habile, chaleureux, décidé, prudent, doué. Pour le deuxième groupe, on donne la même liste mais chaleureux est remplacé par froid.

Suite à cette description que l’on donne aux sujets, on leur demande de se faire une idée générale de la personne. Puis en fonction de cette idée, on demande aux sujets de choisir dans une autre liste d’adjectif les traits qui selon eux caractérise également cette personne.

Résultat : Les sujets se font une image très complète de la personne et on s’aperçoit que cette image est cohérente même si au départ les indices donnés étaient maigres. On voit qu’un seul trait suffit pour changer l’impression d’ensemble.

Conclusion : L’ensemble des traits qui caractérise une personne forme un tout organisé dans lequel la signification de chaque trait dépend de tous les autres. Par ailleurs, Asch précise que tous les traits n’ont pas la même importance et que certaines caractéristiques sont perçues comme plus centrales et plus déterminantes que d’autres dont on peut dire qu’elles sont périphériques. Face à un ensemble d’éléments, nous sommes rapides à saisir les renseignements centraux et c’est à partir de ces renseignements que nous nous construisons une impression globale d’autrui. En fait, plus qu’une impression, Asch parle d’une véritable théorie sur la personne jugée et le problème est que cette théorie mise en place sera très difficile à bouleverser.

Asch précise que nous traitons les informations relatives à autrui en direct et au fur et à mesure ce qui pose problème puisqu’on n’attend pas pour porter des jugements, de tout savoir sur autrui. Asch a aussi mis en évidence un effet de primauté c’est à dire que l’information reçue en première déterminerait plus l’impression que l’on a d’autrui que l’information reçue en dernière. Il décrit une personne comme intelligente, travailleuse, critique, impulsive et envieuse, l’impression est plutôt positive de cette personne. Alors que si on fait la description en sens inverse, l’impression est négative.

3.Bruner et Tagiuri : les théories implicites de personnalités (1954) TIP

En étudiant la perception sociale, nous avons même vu que les gens arrivent à partir de quelques indices à se faire une idée générale de la personne, notamment avec Asch, on a parlé de la formation d’une impression globale grâce aux inférences concernant les traits décrits. Pour Bruner et Tagiuri, si nous donnons une certaine cohérence aux observations et aux informations qu’on a pu avoir de la personne, c’est que nous avons des connaissances préalables sur la personnalité d’autrui et c’est ce qu’on appelle les théories implicites de personnalités.

Théories implicites de personnalités : Théories naïves que chaque individu a de la personnalité et qui rendent compte du fait que les gens considèrent que certains traits de personnalité vont généralement ensemble et d’autres non. Croyance générale à propos de la fréquence d’un trait, à propos de sa variabilité et de sa liaison avec d’autres traits.

Ces théories n’ont aucun critère objectif de validité. C’est un répertoire de traits qu’on utilise pour faire la description psychologique d’autrui.

Quand on voit qu’une personne possède telle ou telle caractéristique, on va inférer la présence ou l’absence d’autres traits de caractère. Si on parle de théories implicites c’est parce qu’elles sont naïves c’est à dire que les sujets qui les utilisent ne savant pas vraiment les expliquer et cela repose sur la sagesse populaire. Cela ne veut donc pas dire que c’est inconscient.

II.La perception des groupes

1.Lippman, 1922 : les stéréotypes

Lippman dit que nous nous faisons à propos de certaines catégories de personnes des images simplificatrices et généralisantes qui produisent des distorsions de jugement qui s’accompagnent de sentiments plus ou moins négatifs vis à vis de leur objet et qui sont susceptibles d’influencer notre comportement. (Ex : les étrangers). Ces images sont appelées stéréotypes et on peut dire qu’ils sont une classe particulière de théories implicites de personnalités.

Leyens le pense aussi et donne la définition suivante : il dit que les stéréotypes sont des théories implicites de personnalités que partage l’ensemble des membres d’un autre groupe. C’est donc un ensemble de croyances qui portent sur un groupe de personnes quelconques. Ce sont des sortes de schémas perceptifs associés à certaines catégories de personnes et d’objets cristallisés autour du mot qui les désigne et intervenant automatiquement dans la représentation et la caractérisation des membres ou objets de ces catégories. Les stéréotypes sont donc un phénomène social puisqu’ils sont souvent partagés par plusieurs personnes, puisqu’ils visent d’autres personnes et donc au niveau de celles-ci, il s’agit des nations, des ethnies ou des catégories socio professionnelles, ils sont souvent dépréciatifs.

a.Origine des stéréotypes

Le fait d’avoir des stéréotypes et de les entretenir tient d’une tendance générale de l’individu à schématiser son environnement c’est à dire que l’individu a une démarche globalisante qui vise les collectivités, les individus puisqu’on a tendance à faire des catégories en regroupant les personnes en fonction des caractéristiques communes. Exemple : sexe, âge, domaine d’étude.

Selon Sheriff, l’apparition et le maintien des stéréotypes dépendent des modes de relation inter groupes vécus par les sujets. Les situations de conflit peuvent être soient réelles soient inventées.

Expérience de Sheriff. Deux groupes d’enfants. Il a pu observer rapidement la création de situations de compétition avec une opposition très marquée entre " l’in groupe " et " l’out groupe ". Il a analysé cette opposition et il voit qu’elle est associée à l’attribution respective de nombreux stéréotypes péjoratifs à travers lesquels tout membre du groupe adverse sera désormais catalogué.

b.A quoi servent les stéréotypes ?

Le plus souvent, ils servent de justification par rapport aux attitudes agressives que l’on adopte et ils contribuent à renforcer la cohésion de l’in groupe avec l’out groupe.

Pour Doise, il apparaît une triple fonction des stéréotypes :

La fonction explicatrice : Les stéréotypes expliquent pourquoi certaines choses arrivent.

La fonction anticipatrice : Les stéréotypes permettent de prédire ce qui va arriver.

La fonction justificatrice : Les stéréotypes justifient le comportement que l’on risque d’adopter par rapport à notre catégorie.

Il existe une 4ème fonction :

La fonction de reconnaissance sociale : Elle est due aux caractères imagés des stéréotypes dans le sens où souvent on fait référence à un certain vêtement, etc qui nous permettent d’identifier et pourtant souvent à tort l’appartenance des personnes et cela favorise le déclenchement des processus de jugement et donc les stéréotypes.

Ce problème des stéréotypes nous permet de démontrer 2 choses :

Nous ne partageons pas tous les mêmes normes.

L’apparence physique induit immédiatement un phénomène de catégorisation qui à son tour déclenche les conséquences de la stéréotypisation.

Le problème est que les réactions et les conséquences des stéréotypes peuvent être dramatiques, il suffit que la personne envers laquelle vous éprouvez de la crainte, du fait de vos stéréotypes perçoive cette crainte pour qu’elle ressente ceci comme une insulte ou une agression et pour qu’elle ait envers vous la réaction d’agression que vous présupposiez mais qu’elle n’était pas disposée à émettre à la base.

Il n’y a pas forcément un désir inné d’agression, et lorsque l’agression se réalise, c’est plutôt une réaction de défense ou de ras de bol par rapport aux stéréotypes véhiculés. C’est peut être une façon de laver son honneur même si la manière qu’ils utilisent est maladroite. Les conséquences des stéréotypes peuvent être dramatiques dans le sens où ils peuvent générer indirectement chez autrui des comportements plus ou moins graves. A partir de là, ces réactions peuvent renforcer les stéréotypes. C’est donc une sorte de cercle vicieux qui correspond à ce que Rosenthal avait décrit avec l’effet Pygmalion.

2.Les préjugés.

Jugement positif ou négatif formulé par anticipation et sans examen préalable en fonction d’une personne et d’une close. On dit donc que le préjugé attend des biais et des attentes spécifiques. Les stéréotypes visent des groupes alors que les préjugés s’adressent aux individus. De façon générale, les préjugés sont considérés comme manifestants de la part de la personne qui les exprime, une position différenciatrice qui peut s’accompagner de dépréciation voir d’hostilités ou au contraire de possibilité par rapport à la personne visée. Dans le langage courant, le préjugé est associé à un coté négatif. Pour éviter les difficultés de compréhension, on adoptera le langage courant (conception négative).

a.Origine du préjugé

Il semble que les préjugés préexistent dans l’opinion publique avant que l’individu ne les adopte. Freud dit qu’on a des motivations hostiles et plus précisément il parle de profils psychologiques particuliers des personnes. L’hostilité qui est due à une situation frustrante va être dirigée avec les préjugés vus les cibles de ceux-ci. Il explique que lorsque l’on a des préjugés et donc si on vise autrui lors d’une situation frustrante, c’est que l’on est capable d’exprimer notre frustration et de se décharger autrement. Concernant le profil psychologique ou la structure de personnalité dont parle Freud, on parle d’une éducation autoritaire avec un dispositif d’esprit général caractérisé par le mépris de la faiblesse, l’intolérance à l’ambiguïté, la projection de sentiments négatifs sur des boucs émissaires et le rejet du dissemblable.

b.Caractéristiques des préjugés

Les plus vivaces, plus présents sont raciaux et religieux. Les préjugés relient d’une certaine idéologie puisqu’on cherche avec des préjugés une justification rationnelle pour légitimer une antipathie raciale et religieuse. Les préjugés ne relèvent pas simplement d’une affectivité agressive, c’est un véritable phénomène sociologique puisqu’à partir du moment où un préjugé est véhiculé dans un groupe, il va assurer une fonction d’accommodation par rapport à la société. Pour changer un préjugé ou le faire disparaître, il faut le déraciner dans l’ensemble des changements psycho social qui ont permis son émergence. Il faut que les préjugés ne soient plus un déviatif de l’attention que ressent le sujet. Conséquences négatives : On peut avoir une intériorisation des images de soi négative, baisse de l’estime de soi, tendance à se conduire suivant le préjugé.

Conclusion : On peut se référer à TAJFEL qui a démontré plusieurs effets du phénomène de catégorisation sociale. Il explique que d’une part, on attribue à l’individu les caractéristiques du groupe dont il fait parti (processus déductif). D’autre part, on a aussi tendance à attribuer à un petit groupe des caractéristiques à un individu (processus inductif). Il a montré qu’on était très sensible aux phases de catégorisation et que d'un point de vue comportemental ceci se traduit par une valorisation de son groupe d’appartenance. Le fait du favoritisme intra groupe n’est pas universel et pas présent dans les groupes minorisés. Le biais du favoritisme est plus présent que dans un groupe dominant que chez les groupes dominés.

III.Les représentations sociales

A partir des années 60, le thème général de la perception sociale des stéréotypes et des préjugés va s’élargir à la notion des représentations ce qui permet d’éviter l’aspect polémique lié notamment aux préjugés (négatifs). On quitte donc l’aspect négatif associé aux notions de croyance, de stéréotypes et de préjugés pour avoir un aspect plus neutre avec le thème de représentations.

La représentation sociale est une forme de connaissance courante dite de sens commun qui est caractérisée par :

Elle est socialement élaborée et partagée.

Elle a une visée pratique d’organisation, de maîtrise de l’environnement et d’orientation des conduites.

Elle permet l’établissement d’une vision de la réalité commune à un ensemble social et culturel donné.

1.Généralités

La notion de représentation a été introduite en psychologie sociale par Moscovici en 1961, il explique que c’est une forme de connaissances particulière à notre société et inéluctable à tout autre. Il précise que les représentations sociales interviennent dans l’orientation des conduites des rapports sociaux. (inter personnel et inter groupe). Doise et Palmonari sont surtout connus pour avoir établi une différence claire entre les représentations sociales et les collectives (de Durkreich). Les représentations collectives sont un concept social avec l’idée que les faits sociaux ne différent pas seulement en qualité par rapport aux faits psychiques individuel mais qu’ils ont un autre substrat et qu’ils ne dépendent pas des mêmes conditions. Puis, ils ont différencié les représentations sociales et les idéologies.

Les idéologies correspondent à des systèmes de représentations et d’idées reçues à cohérence relative mêlant fait, valeur et croyance mais étant perçues par ceux qui y adhèrent comme une connaissance vraie et universalisable.

2.Les conditions d’émergence des représentations sociales.

Les représentations sociales émergent dans un contexte social et culturel précis.

Herzlich et Moscovici démontrent qu’il existe 3 éléments qui favorisent l’émergence des représentations sociales :

L’information. Il convient d’analyser la façon dont l’information est donnée et dont elle est dispersée afin de repérer s’il existe un décalage entre l’information qui est effectivement présent dans le groupe par rapport à un sujet ou objet et l’information qui serait nécessaire pour se constituer une connaissance fiable. Pour qu’il y ait représentation sociale, les informations dont on dispose ne sont pas toujours suffisantes, ce qui pousse l’individu à avoir recours à l’influence.

Le champ de la représentation fait référence à l’idée que les sujets se focalisent sur certains objets ou sur certains aspects de la situation.

L’attitude du groupe qui se réfère à un processus de pression à l’uniformité qui est plus ou moins présente selon le groupe.

3.Processus qui permettent le fonctionnement d’une représentation sociale.

Pour qu’une représentation sociale s’installe et reste, on peut avoir recours à 2 processus :

L’objectivation qui consiste à rendre concret ce qui est abstrait. On va donc transformer ce qui n’est pas identifiable afin d’obtenir un modèle figuratif admis par tous via un consensus social. Ce processus permet de constituer le réel socialement et se faisant, il efface de la conscience des individus, un ensemble d’informations de sorte qu’in ne reste que les éléments communs au groupe.

L’ancrage désigne la façon dont les éléments représentés par les individus contribuent à exprimer et constituer des rapports sociaux. Il permet aux individus d’élaborer des typologies à propos des personnes et des événements et donc permet une adaptation forte des individus. Ils vont pouvoir prévoir les événements.

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